
La sexualité ne peut être réduite à une simple fonction biologique, elle s’inscrit dans un réseau complexe de significations sociales, culturelles et politiques. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) la définit comme « un aspect central de l’être humain tout au long de la vie », intégrant non seulement les rapports sexuels, mais aussi le plaisir, l’identité de genre, l’orientation sexuelle, l’intimité, l’affection et l’amour. Cette définition souligne d’emblée son caractère multidimensionnel : biologique, psychologique, social et culturel.
Marcel Mauss, sociologue, parlait de « fait social total » pour désigner ces réalités qui engagent simultanément plusieurs dimensions de la vie humaine : l’économique, le politique, le symbolique et le corporel. La sexualité relève évidemment de cette logique. En effet, celle-ci mobilise le corps, les émotions et les désirs, mais aussi :
– un peu moins glamour, les normes juridiques (mariage, consentement, âge légal),
– un peu plus créatives – les représentations culturelles (religion, art, littérature),
– un peu trop clivants, hélas , les rapports de pouvoir (patriarcat, hétéro-normativité).
Elle est donc traversée par des rapports sociaux de sexe, de classe et de race, qui orientent la manière dont les individus la vivent et la comprennent.
Ainsi, la sexualité n’est jamais purement « naturelle ». Elle est socialement construite et encadrée par des institutions, des discours scientifiques et religieux, et des représentations médiatiques. Les travaux de John Gagnon et William Simon ont montré, dès les années 1970, que les comportements sexuels s’apparentent à des « scripts » appris et intériorisés, qui varient selon les contextes sociaux. Ce qui paraît « normal » dans une culture peut être jugé « déviant » dans une autre. Loin d’être universelle, la sexualité est donc toujours située.
En tant que fait social total, la sexualité oblige à dépasser les approches strictement médicales ou psychologiques pour l’analyser dans toute sa complexité. C’est un langage, une manière de dire et de vivre sa place dans le monde. En ce sens, l’éducation à la sexualité ne saurait se limiter à une prévention des risques ou à une transmission de savoirs biologiques : elle doit aussi intégrer une réflexion sur les normes, les valeurs, l’égalité et le respect des droits humains. Elle est évolutive, comme la société l’est également. Elle nous est pré-construite, mais nous pouvons toujours la remodeler à notre personnalité, nos envies, nos désirs et notre créativité.
Sources :
OMS : https://www.who.int/fr/health-topics/sexual-health#tab=tab_1
Bruno Karsenti, Marcel Mauss, le fait social total : https://www.persee.fr/doc/espat_0339-3267_1997_num_64_1_4019
Scripts sexuels : https://shs.hal.science/halshs-02970700v1/document
Pour aller plus loin :
Podcast Radiofrance : Sociologie des pratiques sexuelles https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/entendez-vous-l-eco/sociologie-des-pratiques-sexuelles-1986635
Sociologie de la sexualité, Michel BOZON, collection Cursus, éditeur Armand Colin, Février 2025, Paris, 240 pages.

